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Quand les sucreries de Taroudant façonnaient les rapports de force dans le monde

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        Rares sont ceux qui savent que le sucre, un produit désormais ancré dans les mœurs, fit un temps la gloire du Maroc qui, à partir des sucreries de Taroudant entre autres, influait sur l’équilibre des forces dans le monde.

         Dans son opus « Nozhat El Hadi », l’historien marocain El Ifrani décrivait en son temps qu’au XVIème siècle les rois Sâadiens* faisaient venir, pour la construction des palais de Marrakech et des sépultures de leurs sultans, le marbre de la région de Carrare en Italie qu’ils payaient en sucre, poids pour poids.

         Ce témoignage, quoique révélateur d’une propension au luxe dispendieux, ne fait que confirmer que le Maroc fut un pays du sucre, avant de devoir en importer, en 2012, près de 75 % de ses besoins, sachant que les Marocains consomment, en moyenne annuelle, 35 kg par habitant contre 20 kg à l’échelle mondiale.

        D’aucuns soutiennent que cette plante, ayant vu le jour dans le sous-continent indien à la faveur des moussons, a été introduite en Perse au VIème siècle pour gagner le Proche-Orient et l’Egypte en particulier, avant de se propager à Chypre, la Crête, la Sicile, l’Espagne et le Maroc peu avant la fin du XIIIème siècle.

          Il fait observer que toutes ces plantations ou fabriques, à l’époque saâdienne, étaient entre les mains de l’Etat qui les faisait gérer par des sortes de concessionnaires en général européens ou israélites, précisant que le produit « qui devait représenter la qualité du sucre la plus haute réalisée à cette époque était exporté pour la grande part vers l’Italie, la France et surtout l’Angleterre ; la consommation intérieure du Maroc devant être très faible à cette époque, alors qu’aujourd’hui les Marocains en consomment beaucoup trop avec des risques élevés de diabète». Pour en assurer la production les Sâadiens ont mis en place d’énormes installations sucrières et élaboré des systèmes ingénieux de moulins, étuves et aqueducs d’une longueur pouvant aller jusqu’à 80 km.

         Elle rappelle que ces fabriques disposaient d’installations de broyage, de chaufferie et de purgerie pour le blanchiment du sucre avant d’être recueilli dans des moules en cuivre de formes coniques, celles-là même qui caractérisent le pain de sucre toujours en vogue au Maroc. Elle indique aussi qu’une bonne partie du produit, dont la contribution aux recettes de l’Etat se situait aux alentours de 33 %, était acheminée par les caravanes en Afrique subsaharienne, mais surtout en Europe par bateaux, d’où les Sâadiens importaient les armes entres autres. Fort d’un important arsenal, les Sâadiens n’allaient d’ailleurs pas tarder à lancer le Jihad contre les Portugais pour les déloger d’Agadir en 1541. Si l’on en croit l’auteur espagnol Diego de Torres, ce ne serait pas seulement dans un but de guerre sainte que les Chorfa se seraient décidés à emporter la célèbre place (d’Agadir) mais d’une manière plus prosaïque pour obtenir un débouché maritime pour le commerce des sucres ».

        C’est d’ailleurs à cette époque, marquée par la dérégulation des anciennes routes maritimes dans le sillage de la découverte du Nouveau monde, que la  production sucrière marocaine, rudement concurrencée par les produits des Antilles et du Brésil, allait battre de l’aile. Le sucre marocain ne faisant plus le poids dans le nœud des échanges commerciaux, un nouveau chapitre dans l’Histoire est ouvert. Dans l’entre-temps, les vestiges de la sucrerie de Tazemmourt continuent de lutter contre l’oubli derrière des murailles menaçant ruine jour après jour et à murmurer au vent les gloires d’un temps qui fut, celles d’un passé où les sucreries de Taroudant façonnaient l’équilibre des forces dans le monde.

* Les Saadiens ou Zaydanides sont une dynastie chérifienne ayant régné sur le Maroc entre 1554 et 16601.

Princes de Tagmadert à partir de 1509, ils gouvernent à partir de 1511 une principauté s’étendant sur le Souss, le Tafilalet et la vallée du Drâa.

Reconnaissant d’abord l’autorité centrale des Wattassides, les deux dynasties entrent en confrontation dès 15282 et, suite à une bataille à l’issue indécise, se voient confirmer leur autorité sur le Sud du Maroc par le Traité de Tadla. La paix retrouvée permet aux Saadiens de concentrer leurs efforts contre les possessions portugaises3 et de les en expulser par la suite, ce qui leur confère une plus grande popularité et les pousse à contester aux Wattassides leur trône.

Suite à la reprise du conflit interne, 19 ans plus tard3, les Saadiens finissent par chasser les Wattassides en 1554. Ils règnent par la suite sur l’ensemble du Maroc avant d’étendre leur empire jusqu’à Tombouctou et Gao à partir de la fin du XVIe siècle.

Affaiblis par des querelles dynastiques et des conflits armés entre différents prétendants dès le début du XVIIe siècle, les Saadiens perdent progressivement le contrôle du pays au profit de chefs locaux et des confréries religieuses ; ils perdent tout pouvoir politique à partir de 1659 alors que le Maroc sombre dans l’anarchie en l’absence de pouvoir central, et ce jusqu’en 1666 avec la montée en puissance des princes alaouites du Tafilalet, qui réunifient le Maroc.

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Saadiens